EN GUISE DE CONCLUSION,
DE RÉSUMÉ ET DE COMPLÉMENT :
courtes séquences en vrac

 

     Comprendre l’antisémitisme, ce phénomène multiforme de racisme anti-Juifs qui accompagne le judaïsme depuis ses origines (1), qui est permanent au sein d’un monde en perpétuel changement, qui se voit même là où il n’y a pas de Juifs, ce n’est pas juger, justifier, accuser ou s’indigner face aux manifestations qu’il comporte... C’est rechercher l’origine, le cheminement et l’association des idées qui guident des hommes dans leurs sentiments ou leurs actions à l’encontre des Juifs, c’est appréhender, par delà les multiples facteurs conjoncturels décrits par les historiens et les chroniqueurs, l’élément commun à toutes les formes du phénomène, en jetant – condition nécessaire à la démarche – un voile sur les responsabilités individuelles.

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Comprendre l’idéologie antisémite, c’est reconnaître qu’il y a depuis toujours un problème juif (ou un problème du judaïsme), problème qui n’est pas seulement religieux et dont les principales données de base sont les suivantes :

• le judaïsme n’est pas une religion ordinaire comme le sont le christianisme, l’islam, le bouddhisme... Contrairement à ces dernières, il comporte deux dimensions intimement conjuguées : une dimension religieuse liée à la croyance traditionnelle au monothéisme et une dimension relative à une lignée d’hommes déterminée par la naissance et se perpétuant par endogamie. Le judaïsme est une religion-race ;

• le Juif est à la fois un croyant (ou un incroyant) et un appartenant. L’hostilité qu’il suscite peut comporter elle aussi ces deux mêmes dimensions : d’ordre religieux elle est qualifiée généralement d’antijudaïsme, d’ordre racial elle est qualifiée d’antisémitisme ou de racisme anti-Juifs.

Dimension religieuse et dimension raciale ont vu leur rôle respectif et leur prégnance évoluer au cours des âges. En ce qui concerne la dimension religieuse on peut dire schématiquement qu’elle a régressé avec le temps en laissant place à l’athéisme devenu largement majoritaire. Cependant, si elle est aujourd’hui relativement marginale par le nombre d’individus concernés, si par ailleurs elle est accessoire ou facultative pour qualifier la judéité des personnes (en exceptant les rares convertis), il faut bien voir qu’elle garde une influence majeure de par les mythes fondateurs toujours actifs dans les esprits. En témoigne électivement l’idéologie sioniste qui, inventée par des athées, s’est inspirée de valeurs issues intégralement du judaïsme et a engendré un État largement théocratique intimement lié à la synagogue[2]. Quant à la dimension raciale qui suffit pour être juif, elle représente l’élément identitaire commun à tous les Juifs les réunissant par delà les divergences les plus extrêmes dans l’ordre de la pensée philosophique, politique ou religieuse. Le qualificatif de juif peut en effet être totalement déconnecté de la dimension religieuse et croyante.

C’est dire que l’idée antisémite n’est pas contemporaine du mot qui, comme nous l’avons vu, n’a été créé qu’au XIXe siècle, mais contemporaine de la naissance, au sein du judaïsme, de la pensée raciale.

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Face à l’antisémitisme, et notamment à sa manifestation extrême représentée par le génocide nazi,

• les historiens se sont attachés à établir les faits et gestes des antisémites ;

• les philosophes et les psychanalystes se sont appliqués à analyser leur pensée (parfois aussi celle des Juifs[3]), à fouiller leur psychologie et à décrire les haines anti-juives perpétuellement résurgentes ;

• divers auteurs, dans le sillage de Hannah Arendt, ont expliqué que sommeillait en chaque individu un tortionnaire latent ;

• certains théologiens juifs, quant à eux, se sont plu à montrer la responsabilité des Juifs ayant abandonné en masse le pacte que leurs ancêtres avaient conclu avec Dieu ;

• d’autres, évoquant la notion de hester panim selon laquelle Dieu se serait voilé la face et aurait été absent d’Auschwitz, se sont évertués à désigner la responsabilité, non plus des Juifs, mais de leur divinité…

Il n’y a pas lieu d’être surpris que ce gigantesque travail d’investigation n’ait pas permis d’élucider le phénomène antisémite : tous les éléments incriminés relèvent de données contingentes ou mythologiques. Néanmoins, ce travail n’aura pas été vain car il aura permis de rechercher et de définir l’élément structurel avec lequel il y a, non pas un conflit banal destiné à se résoudre un jour ou l’autre par le dialogue et le compromis, mais un conflit d’ordre raciste et donc pérenne, conflit visant des êtres humains en tant que membres d’une lignée.

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Multiples et variées sont les catégories de personnes ayant, à propos des Juifs et à l’instar des antisémites, un conscient ou un inconscient racialement connoté…

Parmi elles citons :

• les biographes et historiens qui se livrent à de patientes enquêtes généalogiques sur la judéité potentielle des personnages historiques qu’ils étudient[4] ou qui considèrent que les Juifs convertis au christianisme[5], ou totalement étrangers au monde juif[6], sont toujours juifs ou porteurs de quelque marque indélébile de par leur naissance,

• les candidats à l’émigration en Israël et à la nationalité juive qui fouillent l’hérédité de leurs ascendants pour établir leur dossier,

• les scientifiques juifs d’Israël et des États-Unis qui travaillent à démontrer la proximité génétique des Juifs du monde entier et recherchent quelque gène "juif",

• les orphelins de naissance qui, découvrant un jour par surprise qu’ils sont juifs, revendiquent leur judéité ou la récusent,

• les Juifs convertis au christianisme qui se veulent toujours juifs parce que nés juifs[7],

• les personnes qui se sentent nullement juives mais qui se considèrent néanmoins comme juives parce que leurs parents étaient Juifs[8],

• les rabbins, les sionistes et les éminents intellectuels juifs qui parlent du « sang juif » ou qui professent qu’il y a une essence juive,

• les Juifs agressés qui se considèrent a priori comme des victimes d’une acte raciste et tous les observateurs[9] qui les voient comme tels,

• les nombreux Juifs qui vouent un culte à leur généalogie ou sont soucieux de la pureté de leur lignage,

• les inquisiteurs qui traquaient jadis la judéité des marranes et les nazis celle de leurs suspects,

• les personnes qui ont pu parler de leurs regrets de ne pas être juives[10],

• les penseurs juifs du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, penseurs allemands notamment qui, bien que victimes d’antisémitisme, n’ont jamais rejeté la dialectique de race en vigueur dans leur pays,

• les éminents défenseurs des Juifs dont il a été question dans ce texte,

….

Cette conception typiquement raciale de l’identité juive, véhiculée par le judaïsme et adoptée spontanément par tant et tant de personnes différentes juives et non-juives, ne saurait tromper quant à sa signification : elle constitue rien de moins que le principe mystérieux dont parlait Freud et que tant d’auteurs juifs ont recherché en vain jusqu’ici. C’est la cause même, structurelle, de toutes les formes d’antisémitisme.

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Comprendre l’antisémitisme c’est aussi comprendre – contrairement à l’opinion qui prévaut encore dans les médias selon laquelle les rapports entre Juifs et non-Juifs sont à sens unique – qu’il y a, dans un processus en cercle vicieux, une interaction pathologique dont la cause structurelle ne se trouve ni dans la personne des Juifs (selon l’accusation classique des chrétiens devenue celle des nazis[11] et plus généralement des antisémites), ni dans celle des non-Juifs (comme le veulent nombre d’historiens de l’antisémitisme) mais dans la culture judaïque, et plus précisément dans la racialisation des Juifs par l’Institution juive elle-même.

Comprendre le phénomène en question c’est comprendre en particulier :

• qu’une race autre que la sienne représente, pour tout individu, une catégorie de personnes qui présente une certaine différence, soit d’ordre naturel (corporel), soit d’ordre culturel (comportemental), différence qui établit des barrières ;

• que les barrières les plus contraignantes et les plus génératrices de racisme sont d’ordre culturel. Elles sont représentées avant tout par la transmission par le sang de l’appartenance des individus et l’interdit des unions mixtes ;

• que la distinction-séparation des Élus et des Autres, des Juifs et des non-Juifs, des purs et des impurs, matrice d’une altérité et d’un exclusivisme irréductibles, est au fondement même et au cœur du système de pensée judaïque ;

• que l’exposition au judaïsme-culture transmet, d’abord aux Juifs mais aussi aux non-Juifs, le virus mental du racisme bien plus sûrement que l’exposition à une différence d’aspect corporel ;

• que le racisme lié au judaïsme est double : racisme des Juifs à l’égard des non-Juifs, racisme des non-Juifs à l’égard des Juifs. Penser l’un sans penser l’autre est une amputation de la réalité ;

• que l’entité juive, bien qu’ouverte théoriquement à toutes les races, constitue la race la plus différenciée culturellement que l’histoire ait connue et, partant, que les racismes qu’elle engendre sont d’une prégnance inégalable.

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Il n’y a pas de question chrétienne ou musulmane, fasciste ou communiste, il n’y a pas non plus, au sens propre, de racisme anti-chrétiens, anti-musulmans, anti-fascistes ou anti-communistes. Mais il y a une question juive et un racisme anti-Juifs...! Le christianisme et l’islam, le fascisme et le communisme ne sont que des systèmes de pensée ; les chrétiens et les musulmans, les fascistes et les communistes ne sont que des adeptes. Dans le judaïsme, le système de pensée n’est que contingent, c’est la donnée d’ordre racial qui est l’unique élément fédérateur des individus. La question juive peut être vue comme découlant tout entière de cette donnée culturelle qui fonde une forme extrême d’hétérogénéité entre Juifs et non-Juifs engendrant inexorablement du racisme.

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Tous les historiens de l’antisémitisme ont bien rapporté que le fait pour les Juifs de se marier entre eux était un motif constant d’hostilité à leur égard ; ce grief était déjà celui des Grecs et des Romains, voire plus précocement celui des Perses. Assez rares pourtant sont ceux qui ont amorcé une réflexion à ce sujet et compris la portée majeure de la prohibition institutionnelle de l’exogamie dans l’antisémitisme[12], prohibition qui témoigne toujours d’une catégorie raciale caractérisée et qui constitue la donnée centrale de toutes les lois raciales promulguées au cours de l’histoire contre les Juifs, les non-Juifs ou les Noirs :

• lois bibliques du judaïsme, premières lois de ce type qui nous sont connues,

• lois de la limpieza de sangre du christianisme espagnol et portugais qui ont influencé pendant plusieurs siècles nombre de pays d’Europe, ainsi que de grands ordres religieux,

• lois du Sud des États-Unis de 1907 à 1969,

• lois d’Afrique du Sud de 1926 à 1985,

• lois du nazisme de 1933 à 1945,

• lois de l’État juif de Palestine depuis 1948[13].

Toutes ces lois sont le signe pathognomonique à la fois du caractère racial d’un groupe très différencié et le marqueur d’un racisme caractérisé.[14]

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Bien que, sous ses formes multiples, l’antisémitisme accompagne le monde juif depuis toujours, l’antisémitisme nazi revêt une importance particulière pour la compréhension du phénomène. Non pas parce que ses manifestations sont extrêmes, non pas parce qu’elles sont inédites, mais parce que, en l’absence de tout antagonisme d’ordre religieux, elles relèvent d’un racisme à l’état pur où le Juif se voit marqué, comme dans le judaïsme, dès sa naissance et pour la vie. C’est ainsi que les enfants seront éliminés à l’instar des adultes.

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Il est des mots permettant de rencontrer l’abjection absolue. Parmi eux, lus sur un mur par un enfant juif de 10 ans : « Mort aux Juifs Mort aux Juifs Sales Juifs Sales Juifs ! » Et Albert Cohen, commentant son expérience d’enfant, de poursuivre : « Ainsi disait la bonne inscription devant laquelle je savais ma vie perdue [...] Le sale juif avait mal, le sale juif avait la bou­che entrouverte de malheur [...] C'était une douleur de sale Juif et même de youpin ou de youtre [...] Antisémites, âmes tendres, je cherche l'amour du prochain, dites, sauriez-vous où est l'amour du prochain[15] ? »

Mais, par-delà l’irresponsabilité, l’imbécillité ou la perversité qui ont pu guider l’auteur des mots en question, comment ne pas voir que l’enfant juif, avant d’être un rejeté et un persécuté, a été un séparé par un système de pensée inexorable !

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Si le conflit Juifs/non-Juifs n’a pas d’équivalent historique par sa longévité (la plus longue haine[16] : plus de deux millénaires) et si personne n’ose émettre l’hypothèse qu’il peut s’évanouir un jour, c’est qu’entre les deux parties l’altérité-opposition est irréductible. Non un différend philosophique ou religieux, non une rivalité d’ordre économique, politique ou autre – il n’y a pas d’exemple où ces types de conflit ne se relativisent avec le temps et disparaissent – cette opposition est typiquement d’ordre racial. Car la race est cette réalité incontournable, et la seule, qui donne à toute opposition son caractère pérenne et irrémédiable. Initiée par les mythes bibliques de la Création et de l’Élection récusant l’unité du genre humain et instituant deux espèces d’hommes, les Juifs et les non-Juifs, consacrée par l’interdit du métissage, reprise par une immense littérature à la fois sacrée et profane, il s’agit là d’une donnée historique absolument capitale : la première formulation écrite des principes théoriques de ce qu’on nomme aujourd’hui le racisme ou, en d’autres termes, la naissance de la pensée raciale structurée.

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Dans le monde occidental, seuls deux système de pensée, le judaïsme et l’aryano-germanisme, ont inventé, façonné et exalté leur propre race : la race juive pour le premier, la race aryenne pour l’autre, conditionnant leurs membres à un racisme spécifique. Le premier, structuré sur des mythes d’ordre religieux où, phénomène unique dans l’histoire, les notions de race et de religion sont intimement conjuguées et portées par un monument exceptionnel d’écriture, ne peut pas ne pas défier les siècles, le second, d’ordre profane, qui n’a donné lieu qu’à un dérisoire investissement intellectuel, ne pouvait être qu’éphémère.

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Si les systèmes de pensée qualifiés de racismes ont des éléments essentiels en commun, il est évident aussi que chacun de ces racismes présente en même temps quelque spécificité, relative notamment à la population-victime. Dans cette perspective, on peut dire que l’antisémitisme se distingue particulièrement de tous les autres à la fois par son support et son devenir :

Son support ?

Dans le racisme anti-Noirs par exemple – racisme où le groupe racisé est traditionnellement non racisant – la notion de race est présente chez l’acteur mais non chez le groupe-victime[17]. Dans le racisme anti-Juifs au contraire, c’est le groupe-victime lui-même qui, de par sa tradition culturelle, est le vecteur de cette notion contaminante et potentiellement capable de transformer un opposant transitoire en un raciste déterminé.

Son devenir ?

Le caractère racial des Noirs étant d’ordre naturel, le racisme envers eux est automatiquement destiné à se réduire avec le temps, parallèlement aux progrès de la mondialisation. Le caractère racial des Juifs, essentiellement d’origine culturelle et relativement occulte, ne saurait avoir cette évolution favorable.

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Les démocrates constituent les meilleurs défenseurs des Juifs mais ils peuvent être vus aussi, d’après Jean-Paul Sartre, comme de « piètres défenseurs » [18]. Défendre les Juifs quand ils sont victimes reste pour eux un impératif absolu quelles que soient les circonstances, mais parallèlement ils ne peuvent pas occulter le fait que la loi princeps du judaïsme, qui sépare radicalement les humains en deux groupes sur un critère qui n’est pas de l’ordre de la pensée, est une donnée foncièrement perverse. Rejetée d’emblée il y a deux mille ans par le christianisme naissant[19] et plus tard par le marxisme, elle constitue en fait la première loi typiquement raciste de l’histoire.

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La société allemande des années 1920 et 1930 marquée par le nazisme et l’entité juive marquée par le sionisme ont, au regard de l'histoire, quelques ressemblances remarquables : celle de privilégier l’étude et les sciences diverses, de comporter des élites particulièrement nombreuses, d’apporter à leurs membres d’intenses et exceptionnelles satisfactions de réussite et de se montrer sous des aspects flatteurs[20]... Mais en même temps, témoignant de la propension des hommes à inventer des systèmes de pensée plus ou moins pervers, chacune de ces entités de culture occidentale, à partir de son imaginaire, a secrété et cultivé une idéologie spécifique, le nazisme pour la première, le sionisme pour la seconde, idéologies si prégnantes qu’elles ont piégé, non seulement des hommes ordinaires mais un grand nombre de savants, philosophes, écrivains, moralistes, religieux, artistes… Deux sociétés profondément racisantes en ont résulté. La société nazie a été responsable, au nom du mythe aryen et de son surhomme, d'un génocide sans précédent par sa forme et son ampleur, la société sioniste, au nom de son homme nouveau succédant lui-même au surhomme juif, est responsable, au nom des mythes du judaïsme, d'un ethnocide également sans précédent par sa sophistication, sa durée, sa capacité à subjuguer les dirigeants des nations[21] et à faire des Palestiniens, les « victimes de victimes[22] ». Comme l’ont pensé divers auteurs[23], seule l’association d’une idéologie d’ordre racial et d’un savoir éminent est capable, en conditionnant progressivement nombre d’individus normaux, de générer ce type extrême d’entreprises avec ses succès spectaculaires et ses drames achevés.

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Si la société sioniste permet des comparaisons avec la société nazie elle le permet aussi avec la société modelée par l’autre grande idéologie maligne du XXe siècle : le communisme. Sionisme et communisme sont en effet nés l’un et l’autre d’une idée généreuse et louable a priori : d’un côté, celle de donner aux Juifs persécutés depuis toujours un territoire où ils seraient protégés, de l’autre, celle de supprimer l’exploitation des hommes par d’autres hommes. Mais les promoteurs de ces idéologies méconnaissaient des données qui ne pardonnent pas. Dans le sionisme : le potentiel raciste du judaïsme qui a divisé le monde en Juifs et en non-Juifs et est passé intégralement dans le sionisme, dans le communisme l’utopie de l’égalité des hommes.

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Depuis un siècle le judaïsme, avec sa doctrine de Distinction-Séparation essentiellement d’ordre racial, aura

• précipité en masse les Juifs, d’abord dans l’internationalisme avec le mouvement bolchevique[24], ensuite dans l’hypernationalisme sioniste, seul nationalisme avec celui du nazisme à être racial par nature et incompatible avec la paix. Certains Juifs seront même passés de l’une à l’autre de ces idéologies extrêmes ;

• proposé ou imposé à tous les Juifs du monde, avec la création de l’État juif, une double loyauté[25], source chez les uns d’un malaise permanent[26] voire d’une culpabilité diffuse[27], chez les autres d’actes réprouvés par la morale commune[28], chez d’autres encore d’un fol et provocateur orgueil[29] ;

• désorienté nombre d’entre eux… Peut-on citer Theodor Herzl qui, pour mettre fin au problème juif, a conçu successivement le projet de demander aux Juifs de se convertir massivement au christianisme[30], celui d’employer la force brutale en provoquant en duel les détracteurs des Juifs[31], enfin celui d’escompter remplacer pacifiquement un peuple en le privant de sa terre ancestrale ? Dans un autre registre non moins significatif d’un malaise aigu, peut-on citer aussi René Schwob converti au christianisme et associant, à propos de sa condition native, la haine et l’amour : « Je n’aime pas les Juifs. Mais comment se fait-il que, lorsqu’un antisémite les attaque, neuf fois sur dix je les défende ? Je ne les aime pas. Et pourtant, comme ils disent, je suis Juif cent pour cent ». Car, ajoute-t-il : « C’est l’amour des êtres humains, en dehors de toute considération de classe, de caste et de race, qui me rendit peu à peu odieuse la race qui avait failli me dévorer[32]. »

En outre, le judaïsme, parce qu’il met les siens dès la naissance dans une situation particulièrement contraignante, n’est-il pas le seul système de pensée conduisant nombre d’entre eux, en victimes prioritaires de la haine de soi[33], à être des antisémites résolus[34] ou à s’autodétruire ?

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Traiter de l’antisémitisme sans parler de l’exceptionnelle mystique de la violence portée par les textes sacrés du judaïsme et qui, depuis les tueries perpétrées par Josué, a inspiré les massacres de Mamilla, de la Naqba, de Gaza et d’ailleurs ainsi que le terrorisme d’État multiforme et inédit pratiqué par l’État d’Israël depuis tant de dizaines d’années, est souvent une démarche tout à fait légitime de la part des historiens, des chroniqueurs ou des orateurs mais il faut bien voir que cette attitude relève non moins souvent de la méconnaissance de données historiques incontestées, d’une attitude de peur ou d’une lâcheté caractérisée.

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Attribuer aux Juifs des qualités et des privilèges spécifiques liés à la naissance comme l’enseignent les textes fondamentaux du judaïsme répercutés par de multiples auteurs, ou attribuer aux Juifs des défauts spécifiques comme le font les antisémites, est le témoin par excellence d’une pensée typiquement d’essence raciste. Judaïsme et antisémitisme ont en commun cet élément fondamentalement vicieux.

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Il était relativement facile dans les années 1920/1930 de percevoir la malignité de l’idéologie nazie : beaucoup d’Allemands en ont été conscients même si seul un petit nombre d’entre eux est passé à l’opposition, tant le risque pour leur liberté et leur vie était considérable. Il est plus difficile de reconnaître que le judaïsme en tant que système de pensée porte lui aussi des éléments pervers et plus précisément un potentiel raciste caractérisé. Cette méconnaissance relève de causes diverses… Citons-en quelques unes :

• le fait que le judaïsme est d’abord vu généralement comme un système de pensée religieuse, de par les éléments mythiques ancestraux sur lesquels il repose. Contrairement à ce qui se passe avec une pensée d’ordre politique ou philosophique vis-à-vis de laquelle le principe de la critique, tout au moins dans les sociétés démocratiques, est admis par tous, les non-croyants ont tendance à garder le silence face à des données doctrinales qui ne sont pas discutables et dont la critique peut être interprétée par les croyants comme une manifestation de mépris à leur égard. C’est ainsi que le silence va souvent être de mise entre gens "bien élevés" (on ne va pas se disputer pour çà !) ;

• le vaste monde chrétien n’est pas libre vis-à-vis du judaïsme car sa doctrine en a intégré les éléments essentiels et ne peut se penser sans lui : plusieurs de ses mythes fondateurs sont les mêmes ; ses héros, Jésus, Marie, Joseph et les apôtres sont de vrais Juifs ; sa Terre sainte est commune ; la Bible hébraïque est devenue son livre dont il a même fait un best-seller… Le christianisme se voulant un judaïsme achevé, critiquer celui-ci serait souvent pour les chrétiens, critiquer leur propre religion au plus intime ;

• les persécutions dont les Juifs ont été victimes tout au long de l’histoire, notamment au XXe siècle, ont éclipsé logiquement dans les esprits les violences du monde juif ayant précédé celles de la conquête sioniste de la Palestine ;

• le judaïsme, enfin, ne saurait être récusé en bloc. Comme les autres systèmes religieux, notamment monothéistes, il transporte à la fois le meilleur et le pire. Prendre conscience de ses éléments pervers et les rejeter, fonder ses valeurs positives non plus sur des données mythiques ancestrales mais sur des données de raison et d’éthique, tel apparaît l’objectif à suivre, l’immense défi lancé à tous, Juifs et non-Juifs.

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Face à l’interaction pathologique Juifs/non-Juifs et plus précisément face à l’antisémitisme que nous voyons dépendre pour sa part invariante de l’identité spécifique des Juifs, une question essentielle se pose : les institutions juives sont-elles capables de modifier cette empreinte identitaire, comme l’institution chrétienne a su changer certains de ses textes fondamentaux ayant généré les crimes de l’Inquisition, des Croisades, des guerres de religion, du racisme antijuif ?

Force est de constater que la réponse à cette question ne peut être que négative pour deux raisons essentielles. D’une part aucune autorité juive n’est susceptible d’effacer voire de modifier les textes sacrés du judaïsme, d’autre part les éléments identitaires à la base de la condition souvent tragique des Juifs sont d’une nature et d’une valeur tout à fait singulières : ils assurent à la fois l’existence des Juifs en tant que juifs et celle du judaïsme en tant que système de pensée[35].

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Lorsque (dans quelques millénaires sans doute !) le Dieu de la Bible aura rejoint définitivement les Dieux de l’Olympe, lorsque les mythes hébreux auront subi leur métamorphose et accédé au domaine de l’art à l’exemple des mythes grecs, lorsqu’il n’y aura plus d’hommes juifs ou non-juifs, les penseurs d’alors ne manqueront pas de faire le bilan de l’apport du judaïsme à la civilisation comme les penseurs d’aujourd’hui l’ont fait, et continuent à le faire, pour le défunt paganisme gréco-romain. Comme toujours il y aura les lumières et les ombres... Parmi les premières on reconnaîtra sans nul doute la promotion de l’étude, du Verbe et de l’esprit critique, cet impératif catégorique[36]. Ces valeurs que le judaïsme aura cultivées plus que la plupart des autres traditions religieuses ou philosophiques constitueront son legs éminemment positif à la civilisation occidentale[37]. Parmi les ombres on retiendra l’invention de la pensée raciale et une conception manichéenne du genre humain, dans laquelle il y a les Juifs et les Autres. Structurée dans des mythes religieux destinés à être très longtemps opérationnels, véhiculée par une entreprise exceptionnelle d’écriture et de mémoire, reprise par le christianisme qui a fait sien le mythe de l’Élection dans l’inconscience de son potentiel contaminateur, cette pensée raciale aura été le facteur étiologique d’un double racisme.

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Au cours de l’histoire, trois catégories d’hommes se sont vu attribuer, au nom d’un élément d’ordre racial et par trois idéologies différentes, une appartenance négative : les non-Blancs, les non-Juifs, les non-Aryens. Suivant une logique élémentaire, des malheurs insignes en ont toujours résulté pour la société la plus faible…

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Dans le monde occidental toutes les hostilités d’ordre raciste régressent de façon notable à l’exception d’une seule : l’antisémitisme. Ce phénomène a, lui aussi, une logique implacable. La plupart des racismes sont basés sur la notion de race au sens élémentaire du terme : quelque différence évidente de couleur de peau ou de forme corporelle. Sans base scripturaire et culturelle, ce sont des racismes primaires et avec la mondialisation et le métissage des populations, l’altérité se relativise et s’estompe heureusement dans les esprits. Il ne peut pas en être de même avec les Juifs dont la culture établit l’hétérogénéité d’ordre culturel sans doute la plus prégnante de l’histoire, hétérogénéité que le phénomène de la mondialisation fait percevoir et juger de plus en plus défavorablement. Et le fait que le caractère racial des Juifs ne soit pas visible d’emblée aggrave encore cette conséquence, comme tout ce qui peut apparaître comme clandestin ou caché.

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L’auto-perception des Juifs et leur perception par les non-Juifs ont quelque chose en commun : celle d’un groupe qui se veut différent et séparé de tous les autres[38]. Fondée sur des données bibliques attribuant aux Juifs des qualités liées à la naissance, consacrée par les données institutionnelles que sont d’abord la transmission de la judéïté par le sang[39], puis l’endogamie et la circoncision, l’altérité Juifs/non-Juifs est à voir à la fois comme le support de tout antisémitisme et la condition même de la survie du judaïsme.

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De l’antisémitisme potentiel ou latent des non-Juifs à l’antisémitisme en acte exterminateur des nazis, en passant par l’antisémitisme violemment verbal de Céline[40], l’antisémitisme peut se manifester de mille et une manières. Si l’auto-racialisation des Juifs directement liée à la culture juive représente l’élément commun à toutes les formes de ce racisme antijuif et sa cause invariante, c’est le terrain de réception toujours particulier qui fait, comme dans toute maladie infectieuse, la multiplicité des réponses.

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Sartre a écrit à l’adresse des non-Juifs : « L’antisémitisme n’est pas un problème juif : c’est notre problème ». Non ! Dépendant quelle que soit sa forme d’une donnée immuable du judaïsme que transportent les Juifs indépendamment de leur volonté, l’antisémitisme regarde tous les héritiers directs ou indirects du judaïsme. Et contrairement à l’opinion encore courante[41], le phénomène antisémite est parfaitement rationnel et compréhensible pour qui porte un regard libre sur la culture issue du judaïsme. Comme ont pu l’affirmer, ou le suggérer, divers auteurs cités précédemment, l’ennemi avant d’être à l’extérieur réside bien à l’intérieur.

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Le rejet, l’invalidation ou le remplacement du mot de race par quelque succédané, comme pourraient l’être ceux de nationalité, d’alcool, de drogue, de tabac, de virus… dans une perspective de prévention des fléaux causés par ces différents facteurs, est non seulement futile mais potentiellement grave par inconscience. La race, ce substratum incontournable du racisme n’est ni une fiction, ni un mythe… Comprendre le racisme antijuif pour agir contre, c’est regarder en face ce que représente la différence Juifs/non-Juifs et plus précisément l’identité que la culture juive a inventée pour les siens et que perçoivent les non-Juifs.

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La quasi totalité des historiens de l’antisémitisme ont considéré que l’antagonisme religieux, l’antijudaïsme – notamment celui du monde chrétien particulièrement impliqué – , représentait un élément constitutif majeur du phénomène antisémite. C’est une erreur ! Certes, cette opposition doctrinale au judaïsme est un élément capital du dossier de l’antisémitisme chrétien : comme l’écrivait Léon Bloy à la fin du XIXe siècle il est bien juste que « la Race anathème fut un objet d'horreur pour les chrétiens[42] » mais cet antijudaïsme qui vise une doctrine n’est nullement de l’antisémitisme qui cible des personnes. Il y a dans l’attitude des historiens une faille que Hannah Arendt, seule semble-t-il parmi les auteurs juifs, a bien entrevue sans toutefois l’expliciter : « On peut se demander, écrit-elle, à quel point l'antisémitisme tire son argumentation et son aspect passionnel de la haine religieuse du juif[43]. »

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Si la haine religieuse, par le fanatisme qu’elle comporte, peut entraîner des guerres à la fois cruelles et prolongées, les guerres de religion sont fondamentalement différentes des guerres raciales lesquelles demandent la présence d’un élément spécifique de différenciation, élément que le judaïsme, seul parmi les systèmes de pensée à base religieuse, porte avec lui depuis ses origines. C’est la doctrine religieuse, doctrine chrétienne en particulier, qui mène à l’antijudaïsme mais c’est la doctrine du judaïsme qui mène au racisme réciproque des Juifs et des non-Juifs. Antijudaïsme et antisémitisme sont deux phénomènes qui se sont souvent succédés et associés au cours des temps mais néanmoins fondamentalement distincts.

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Comme l’ont pressenti, évoqué, suspecté, ou pensé à un moment de leur vie les divers auteurs juifs éminents dont nous avons parlé (notamment Moïse Hess, Bernard Lazare, Gershom Scholem, Léon Poliakov … ), c’est bien dans le judaïsme qu’il faut chercher la cause structurelle de ce phénomène intemporel qu’est l’antisémitisme. Avec les plus hardis d’entre eux (Avraham B.Yehoshua, Elie Botbol[44]…) on peut même dire que cette cause réside dans l’identité que le judaïsme a inventée pour les siens et dans la vision qu’en ont les non-Juifs. Mais il convient néanmoins de prolonger la réflexion de ces auteurs, quelque peu entravés dans leur démarche parce que juges et parties, en constatant que l’altérité Juifs/non-Juifs n’est pas de l’ordre de la pensée philosophique ou religieuse mais d’ordre spécifiquement racial. Portée par la Bible vue comme ultima ratio, consacrée sur le terrain par les deux données communes à toutes les doctrines raciales que sont la transmission héréditaire de l’identité et le rejet de l’exogamie, il faut bien voir qu’elle est génératrice d’un de ces conflits qui ne s’éteignent qu’avec la disparition du système de pensée dont ils émanent et que l’antisémitisme est un de ceux-là !

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L’identité spécifique que le judaïsme imprime aux Juifs, et d’où découle l’altérité Juifs/non-Juifs, n’est ni modifiable, ni remédiable par les institutions juives mais chaque Juif dans sa singularité est capable – en retenant du judaïsme la valeur éminente qu’il a cultivée électivement : la prééminence de l’étude – de se libérer par lui-même de sa judéité et de déracialiser sa descendance comme l’ont fait avec succès et bonheur tant d’hommes nés juifs, d’hier et d’aujourd’hui.

C’est dire qu’un grand défi est lancé à chaque Juif mais aussi à chaque non-Juif : prendre conscience du caractère hautement pathogène de cette donnée culturelle spécifique du judaïsme dont ils sont tributaires et contribuer à son évanescence[45]. Et tandis que les deux grandes idéologies malignes du siècle en cours, le sionisme engendré par le judaïsme et l’islamisme puissamment exacerbé par le sionisme, s’affrontent dans un combat sans merci, savoir que le temps presse.

 

Pour comprendre l’antisémitisme il suffit de savoir en définitive que la vision qu’ont les Juifs des non-Juifs et la vision qu’ont les non-Juifs des Juifs est la même depuis toujours : celle d’une différence irréversible car d’ordre racial. Cette différence constitue le substratum même, objectif et invariable, du double racisme inhérent au judaïsme et particulièrement de l’antisémitisme.

[1]. C’est le psalmiste qui déjà pouvait écrire : « Tu nous livres comme des troupeaux dont on se nourrit, tu nous éparpilles parmi les nations, tu vends ton peuple à vil prix, tu fais de nous un objet d’opprobre et de moquerie pour nos voisins… Pour toi nous subissons chaque jour la mort » (Ps, 44, 10).

[2]. À noter que ce phénomène apparemment paradoxal selon lequel le religieux qui régresse dans les esprits influe de plus en plus sur le politique s’observe aussi ailleurs, comme si les hommes d’aujourd’hui, victimes plus que leurs ancêtres du tourbillon de la vie en société, voulaient se raccrocher à quelque chose de stable. En France cette démarche fut particulièrement illustrée par Charles Maurras qui, en tant qu’athée, détestait profondément le christianisme mais s’alliait néanmoins à l’Église romaine comme rempart à la démocratie qu’il récusait.

[3]. tel Rudolph Loewenstein dans son ouvrage Psychanalyse de l’antisémitisme.

[4]. On a recherché pour une foule de personnages. Citons notamment Montaigne, Cervantès, Thérèse d’Avila…

[5]. tels Edmund Husserl, Heinrich Heine, Adolf Reinach, Max Scheler, Edith Stein, Raïssa Maritain, Fritz Haber, Gustav Mahler, Felix Mendelssohn…

[6]. telle Simone Weil.

[7]. tel J. M. Lustiger, archevêque de Paris qui, dans une interview à Paris Match, en 2005 peut dire : « Je suis juif parce que mes parents et tous mes ancêtres étaient juifs ».

[8]. tel Claude Lévi-Strauss que nous avons cité précédemment ou bien Ferdinand Lassalle écrivant : « Je hais les Juifs et je hais les journalistes. Malheureusement, je suis l’un et l’autre » (cité par E. Roudinesco, Op. cit., p. 44).

[9]. tel Meïr Weintrater, directeur de la revue L'Arche, le "men­suel du judaïsme français", qui en 2005 « estime que la proportion d'actes racistes frappant les seuls juifs a varié suivant les années selon une propor­tion allant de 65 % à 80 % du total » (donnée rapportée par Daniel Dreyfus dans son ouvrage L’antisémitisme à gauche, p. 262).

[10]. tel Charlie Chaplin qui, après que des journalistes aient suggéré qu’il était juif, répondait en mars 1940 : « Je ne suis pas juif. Je n'ai pas une goutte de sang juif. Je n'ai jamais protesté lorsqu'on disait que j'étais juif car j'aurais été fier de l'être » (Christian Delage, Antisémythes, Nouveau Monde Éditions, p. 247).

[11]. Pour Hitler en particulier le virus à combattre et à éliminer était représenté par les Juifs eux-mêmes en tant que personnes.

[12]. Parmi ces auteurs particulièrement lucides évoquons Karl Kraus. Constatant que « l'assimilation psychologique et sociale pratiquée pourtant avec beaucoup d'ardeur par une partie des juifs[] n’est pas suffisante pour arrêter l’antisémitisme s’il n’y a pas mélange physio­logique de sang », il va promouvoir les mariages mixtes et s’opposer de toutes ses forces au sionisme naissant de Herzl qui s’oppose à l’assimilation des Juifs, seule solution pour que s’évanouisse l’antisémitisme (Karl Kraus ou l’identité juive déchirée, pp. 105 et 109 et Sionisme et antisémitisme : le piège des mots, de J. Le Rider).

[13]. Dès 1947 il fut décidé que les Juifs ne pourraient pas épouser de non-Juifs et qu’il n’y aurait donc pas de mariage civil en Israël. Par la suite, cette promesse politique fut légitimée par la loi concernant les tribu­naux rabbiniques stipulant que le régime matrimonial des Juifs en Israël relevait exclusivement de la loi biblique. Dans la circonstance, les Juifs les plus opposés entre eux sur le plan de la pensée et des sentiments, socialistes athées d’un côté et rabbins fanatiques de l’autre, s’unissent pour prohiber les mariages mixtes, prohibition qui est nécessaire à la survie même du judaïsme et de la judaïcité. L’État juif, en véritable laboratoire expérimental du racisme contenu dans le judaïsme, atteste ainsi que l’élément unificateur et fédérateur des Juifs est bien l’élément racial.

[14]. Les historiens ont bien entendu comparé ces lois entre elles et recherché l’influence contaminante qu’elles ont pu avoir sur celles qui leur furent postérieures. Il est clair notamment que les lois bibliques ont directement influencé depuis deux mille ans les chrétiens de toutes catégories et parmi eux les nazis.

[15]. Ô vous frères humains, Gallimard, 1972, coll."Folio", p. 172-175.

[16]. Selon le titre même de l’ouvrage de Robert Wistrich, The Longest Hatred.

[17]. Alors que l’on constate généralement que là où il y a race il y a contre-race, racisme et contre-racisme, on peut considérer que la race noire, par exemple, ne s’est pas établie, tout au moins pendant longtemps, comme opposée racialement à la race blanche et n’a donc pas développé de racisme à l’égard de ses persécuteurs blancs. L’institution récente du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) et du CRAB (Conseil Représentatif des Associations Blanches), à l’exemple du CRIF (pour les Juifs), peuvent être vues par contre comme des manifestations tout à fait régressives.

[18]. dans Réflexions sur la question juive, p. 65.

[19]. notamment par la voix de saint Paul qui consacre la rupture définitive du christianisme avec le judaïsme. Plus tard, Spinoza notamment reprendra en homme libre cette même critique de la Loi juive ce qui lui vaudra d’être exclu de la communauté des Juifs.

[20]. Combien de Français ont été subjugués en 1940 par l’aspect de l’armée allemande et combien de touristes le sont aussi aujourd’hui face aux réalisations israéliennes !

[21]. Portée par un Verbe, une dialectique et un cynisme remarquables (« peu importe ce que disent les Gentils, l'important c'est ce que font les Juifs » suivant la phrase de Ben Gourion inculquée dès l’école à tous les enfants), maniant avec dextérité les trois armes absolues que sont la Bible, la Bombe et la Shoah, bénéficiant des connivences, des ignorances et des lâchetés du monde occidental, très lointaine par la géographie et par la culture du monde extrême-oriental, n’ayant contre elle qu’un monde islamique voué à l’impuissance et une faible minorité de Juifs, l’idéologie sioniste bénéficie pour sa survivance et son développement de conditions particulièrement exceptionnelles.

[22]. expression de Edward Saïd remarquant, après nombre d’auteurs, que ce sont les enfants et les petits-enfants des persécutés du nazisme qui, à leur tour, sont devenus des persécuteurs au nom d’une nouvelle idéologie. (E. Roudinesco, Retour sur la question juive, p. 314).

[23]. Notamment, ceux que nous avons cités précédemment : Ernest Renan, James Darmesteter, Friedrich Nietzsche, Ernst Ludwig Pinner, (ce dernier s’exprimant précisément à propos d’Israël).

[24]. Citons particulièrement Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Sverdlov, Radek, Martov… tous ayant puissam­ment contribué au triomphe de la Révolution d'Octobre. Certains furent même des tchekistes et des épurateurs.

[25]. Lors de la guerre de 1967, par exemple, les officiels israéliens et le mouvement sioniste ont demandé aux Juifs de France de s'opposer de toutes leurs forces à la politique du gouvernement français.

[26]. tel chez George Steiner, écrivain juif et antisioniste résolu, qui écrit : « En Israël il faut être un camp armé, armé jusqu’aux dents. Il faut avoir des gens en prison dans des circonstances souvent terribles. ça me semble un prix, que moi, je ne peux pas payer » (Barbarie de l’ignorance, p. 28).

[27]. Alain Finkielkraut dans Le Juif imaginaire, p. 159.

[28]. tel celui d’aller se joindre aux militaires israéliens pour nettoyer les Arabes ainsi que le révèlent divers témoignages.

[29]. comme en témoigne par exemple cet article : http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=16403&noCat=145&id_key=145&critere=boycott&rub=7

[30]. Cette conversion devait concerner notamment les deux cents grandes familles juives de Vienne et se faire « à l’Église St Étienne en processions solennelles sous le bourdonnement des cloches, en plein jour, le dimanche à midi. Non plus honteusement, comme l'avaient fait jus­qu'à présent des individus isolés mais avec des attitudes fières ». (A. Boyer, Theodor Herzl, Albin Michel). Avant Herzl, la proposition de se faire baptiser, faite aux Juifs berlinois par David Friedlander (1750-1834), un des Anciens du Consistoire israélite, avait obtenu un franc succès : un dixième d’entre eux y souscrivirent.

[31]. « Une bonne demi-douzaine de duels, écrivait-il, élèveront considérablement la position sociale des Juifs » (citation rapportée Jean-Jacques Lafaye dans son ouvrage Stefan Zweig, p. 24.

[32]. dans Être chrétien in Les Juifs, p. 317.

[33]. Suivant l’expression de Theodor Lessing dans son ouvrage paru en 1930 Der jüdische Selbsthass ("la Haine de soi juive") et largement reprise par les auteurs juifs. Pour l’auteur ce serait même un trait de caractère typiquement juif : « il n’existe pas, écrit-il, un seul homme de sang juif où l’on ne décèlerait pas au moins les débuts d’une haine juive de soi.» (La haine de soi, le refus d’être juif, p. 41).

[34]. Otto Weininger aurait même constaté que « les antisémites les plus virulents se trouvent parmi les Juifs » (citation rapportée par Léon Poliakov, Le mythe aryen, p. 432).

[35]. Remarquons que Avraham B.Yehoshua, pour qui le phénomène antisémite résulte essentiellement du caractère virtuel de l’identité des Juifs, s’est posé une question semblable : « Peut-on réparer cette structure spécifique de l'identité juive afin de la rendre plus claire, d'une part, et de réduire, d'autre part, sa dimension virtuelle ? » car ajoute-t-il « si nous parvenons à une compréhension de cet ordre de deux choses l'une : ou bien nous en sortirons affai­blis si l'on tire la conclusion qu'il y va de la structure profonde de notre identité et qu'il n'y a rien à faire. Ou bien nous en conclurons qu'il y a des choses que nous pouvons et que nous devons changer. » (Israël, un examen moral, p. 53 et 29). Mais, l’auteur n’a pas vu qu’il n’y aurait pas d’antisémitisme, mais une banale hostilité d’ordre religieux ou philosophique destinée à s’évanouir avec le temps, si l’élément identitaire commun des Juifs n’était pas d’ordre racial.

[36]. « Prends-toi un maître et acquiers un camarade d’étude » écrit un sage de la Michna, recommandation très voisine de celle de Socrate dans le Phédon pour qui « le dialogue avec un bon maître permet au commun des mortels d’"accoucher" de la vérité qui est en lui. »

[37]. L’autre valeur positive que l’on est tenté en Occident d’attribuer au judaïsme est le commandement : « Tu ne tueras pas ». Mais l’histoire et nombre de textes émanant d’auteurs juifs, notamment de rabbins d’hier et d’aujourd’hui, semblent montrer que ce commandement fut essentiellement destiné aux Hébreux vis-à-vis des Hébreux. En tout cas, après avoir été pensé aussi par quelques philosophes grecs, c’est avec le christianisme qu’il aura acquis véritablement sa valeur universelle.

[38]. Comme l’écrit Abraham B. Yehoshua : « Il n'y a rien qui offense plus le Juif que de lui dire que le peuple juif est semblable aux autres » (Pour une normalité juive, p. 56).

[39]. Notons que cette disposition du jus sanguinis dans le judaïsme, qui n’est pas une simple convention administrative et contingente comme elle peut l’être pour déterminer la nationalité dans divers pays, revêt ici un caractère spécifique. Se voulant indélébile, intimement lié à une mystique du pur et de l’impur, ce caractère, ne manquera pas dans l’avenir, lorsque le "religieux" aura davantage perdu de sa prégnance, d’être considéré comme attentatoire à la personne.

[40]. Il peut écrire dans Bagatelles pour un massacre (Denoël 1937, p. 72-73) : « C'est contre le racisme juif que je me révolte, que je suis méchant, que je me brouille, çà jusqu'au tréfonds de mon benouze [...] La race élue dans nos régions n'a pas encore fait procéder aux exécutions massives, seulement à quelques petits meurtres sporadiques. Mais cela ne saurait tarder. En attendant le grand spectacle, on travaille doucement la bête... ou bien par saccades, par sautes, selon paniques bien préparées... Un jour on le serre au garrot, le lendemain on lui larde les jointures, il faut que l'animal s'affole, s'épuise et cafouille dans l'arène... dégueule, crache peu à peu tout son sang... dans la sciure et dans la Bourse... Les Juifs se pourlèchent, se régalent. Quand l'animal sera sur les genoux alors viendra la mise à mort, et sans résistance possible.»

[41]. Un récent ouvrage de D. Sibony est toujours intitulé : L’énigme antisémite. Seuil 2004.

[42]. Le Salut par les Juifs, t. IX, p. 48.

[43]. dans la préface à son ouvrage Sur l'antisémitisme.

[44]. qui écrit que « la Shoah doit ramener les Juifs à reconsidérer leur identité » (Op. cit., p. 65).

[45]. Si on devait parler ici de responsabilités, celles des Juifs dans le sort qui a été le leur pendant longtemps ou celles des non-Juifs dans leurs fautes à l’égard des Juifs, c’est ici, dans ce défaut d’analyse, qu’elles se situent d’abord. On peut remarquer que certains auteurs juifs (tel Yosef Yerushalmi dans son ouvrage Le Moïse de Freud, Gallimard, 1993, p. 76), prenant conscience que nombre de Juifs professent une identité d’ordre racial et suspectant que cette identité est à la base du phénomène antisémite, voudraient qu’il y ait une version moderne de l’identité juive selon laquelle celle-ci serait le résultat d’un libre choix des individus… Mais ces auteurs n’ont manifestement pas compris que toute autre forme d’identité pour les Juifs signifie l’extinction du judaïsme..
     Comprendre l’idéologie antisémite, c’est reconnaître qu’il y a depuis toujours un "problème juif" (ou un "problème du judaïsme"), problème qui n’est pas seulement religieux et dont les principales données de base sont les suivantes :
. le judaïsme n’est pas une religion "ordinaire" comme le sont le christianisme, l’islam, le bouddhisme... Contrairement à ces dernières, il comporte deux dimensions intimement conjuguées : une dimension religieuse liée à la croyance traditionnelle au monothéisme et une dimension relative à une lignée d’hommes déterminée par la naissance et se perpétuant par endogamie. Le judaïsme est une religion-race ;
. le Juif est à la fois un croyant (ou un incroyant) et un appartenant. L’hostilité qu’il suscite peut comporter elle aussi ces deux mêmes dimensions : d’ordre religieux elle est qualifiée généralement d’antijudaïsme, d’ordre racial elle est qualifiée d’antisémitisme ou de racisme anti-Juifs.
Dimension religieuse et dimension raciale ont vu leur rôle respectif et leur prégnance évoluer au cours des âges. En ce qui concerne la dimension religieuse on peut dire schématiquement qu’elle a régressé avec le temps en laissant place à l’athéisme devenu largement majoritaire. Cependant, si elle est aujourd’hui relativement marginale par le nombre d’individus concernés, si par ailleurs elle est accessoire ou facultative pour qualifier la judéité des personnes (en exceptant les rares convertis), il faut bien voir qu’elle garde une influence majeure de par les mythes fondateurs toujours actifs dans les esprits. En témoigne électivement l’idéologie sioniste qui, inventée par des athées, s’est inspirée de valeurs issues intégralement du judaïsme et a engendré un État largement théocratique intimement lié à la synagogue (2) . Quant à la dimension raciale qui suffit pour être "juif", elle représente l’élément identitaire commun à tous les Juifs les réunissant par delà les divergences les plus extrêmes dans l’ordre de la pensée philosophique, politique ou religieuse. Le qualificatif de "juif" peut en effet être totalement déconnecté de la dimension religieuse et croyante.
C’est dire que l’idée "antisémite" n’est pas contemporaine du mot qui, comme nous l’avons vu, n’a été créé qu’au XIXe siècle, mais contemporaine de la naissance, au sein du judaïsme, de la pensée raciale.
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     Face à l’antisémitisme, et notamment à sa manifestation extrême représentée par le génocide nazi,
. les historiens se sont attachés à établir les faits et gestes des antisémites ;
. les philosophes et les psychanalystes se sont appliqués à analyser leur pensée (parfois aussi celle des Juifs (3), à fouiller leur psychologie et à décrire les haines anti-juives perpétuellement résurgentes ;
. divers auteurs, dans le sillage de Hannah Arendt, ont expliqué que sommeillait en chaque individu un tortionnaire latent ;
. certains théologiens juifs, quant à eux, se sont plu à montrer la responsabilité des Juifs ayant abandonné en masse le "pacte" que leurs ancêtres avaient conclu avec Dieu ;
. d’autres, évoquant la notion de "hester panim" selon laquelle Dieu se serait "voilé la face" et aurait été "absent" d’Auschwitz, se sont évertués à désigner la responsabilité, non plus des Juifs, mais de leur divinité…
Il n’y a pas lieu d’être surpris que ce gigantesque travail d’investigation n’ait pas permis d’élucider le phénomène antisémite : tous les éléments incriminés relèvent de données contingentes ou mythologiques. Néanmoins, ce travail n’aura pas été vain car il aura permis de rechercher et de définir l’élément structurel avec lequel il y a, non pas un conflit banal destiné à se résoudre un jour ou l’autre par le dialogue et le compromis, mais un conflit d’ordre raciste et donc pérenne, conflit visant des êtres humains en tant que membres d’une lignée.
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     Multiples et variées sont les catégories de personnes ayant, à propos des Juifs et à l’instar des antisémites, un conscient ou un inconscient racialement connoté…
Parmi elles citons :
. les biographes et historiens qui se livrent à de patientes enquêtes généalogiques sur la judéité potentielle des personnages historiques qu’ils étudient (4) ou qui considèrent que les Juifs convertis au christianisme (5), ou totalement étrangers au monde juif (6), sont toujours juifs ou porteurs de quelque marque indélébile de par leur naissance,
. les candidats à l’émigration en Israël et à la nationalité juive qui fouillent l’hérédité de leurs ascendants pour établir leur dossier,
. les scientifiques juifs d’Israël et des États-Unis qui travaillent à démontrer la proximité génétique des Juifs du monde entier et recherchent quelque gène "juif",
. les orphelins de naissance qui, découvrant un jour par surprise qu’ils sont juifs, revendiquent leur judéité ou la récusent,
. les Juifs convertis au christianisme qui se veulent toujours juifs parce que "nés juifs" (7),
. les personnes qui se sentent nullement juives mais qui se considèrent néanmoins comme juives parce que leurs parents étaient Juifs (8),
. les rabbins, les sionistes et les éminents intellectuels juifs qui parlent du "sang juif" ou qui professent qu’il y a une essence juive,
. les Juifs agressés qui se considèrent a priori comme des victimes d’une acte raciste et tous les observateurs (9) qui les voient comme tels,
. les nombreux Juifs qui vouent un culte à leur généalogie ou sont soucieux de la pureté de leur lignage,
. les inquisiteurs qui traquaient jadis la judéité des marranes et les nazis celle de leurs suspects,
. les personnes qui ont pu parler de leurs regrets de ne pas être juives 10) ,
. les penseurs juifs du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, penseurs allemands notamment qui, bien que victimes d’antisémitisme, n’ont jamais rejeté la dialectique de race en vigueur dans leur pays,
. les éminents défenseurs des Juifs dont il a été question dans ce texte,

cette conception typiquement raciale de l’identité juive, véhiculée par le judaïsme et adoptée spontanément par tant et tant de personnes différentes juives et non-juives, ne saurait tromper quant à sa signification : elle constitue rien de moins que le "principe mystérieux" dont parlait Freud et que tant d’auteurs juifs ont recherché en vain jusqu’ici. C’est la cause même, structurelle, de toutes les formes d’antisémitisme.
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     Comprendre l’antisémitisme c’est aussi comprendre – contrairement à l’opinion qui prévaut encore dans les médias selon laquelle les rapports entre Juifs et non-Juifs sont à sens unique – qu’il y a, dans un processus en cercle vicieux, une interaction pathologique dont la cause structurelle ne se trouve ni dans la personne des Juifs (selon l’accusation classique des chrétiens devenue celle des nazis (11) et plus généralement des antisémites), ni dans celle des non-Juifs (comme le veulent nombre d’historiens de l’antisémitisme) mais dans la culture judaïque, et plus précisément dans la racialisation des Juifs par l’Institution juive elle-même.
Comprendre le phénomène en question c’est comprendre en particulier :
. qu’une race autre que la sienne représente, pour tout individu, une catégorie de personnes qui présente une certaine différence, soit d’ordre naturel (corporel), soit d’ordre culturel (comportemental), différence qui établit des barrières ;
. que les barrières les plus contraignantes et les plus génératrices de racisme sont d’ordre culturel. Elles sont représentées avant tout par la transmission par le sang de l’appartenance des individus et l’interdit des unions mixtes ;
. que la distinction-séparation des Élus et des Autres, des Juifs et des non-Juifs, des purs et des impurs, matrice d’une altérité et d’un exclusivisme irréductibles, est au fondement même et au cœur du système de pensée judaïque ;
. que l’exposition au judaïsme-culture transmet, d’abord aux Juifs mais aussi aux non-Juifs, le "virus" mental du racisme bien plus sûrement que l’exposition à une différence d’aspect corporel ;
. que le racisme lié au judaïsme est double : racisme des Juifs à l’égard des non-Juifs, racisme des non-Juifs à l’égard des Juifs. Penser l’un sans penser l’autre est une amputation de la réalité ;
. que l’entité juive, bien qu’ouverte théoriquement à toutes les races, constitue la race la plus différenciée culturellement que l’histoire ait connue et, partant, que les racismes qu’elle engendre sont d’une prégnance inégalable.
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    Il n’y a pas de "question chrétienne" ou "musulmane", "fasciste" ou "communiste", il n’y a pas non plus, au sens propre, de racisme anti-chrétiens, anti-musulmans, anti-fascistes ou anti-communistes. Mais il y a une "question juive" et un racisme anti-Juifs...! Le christianisme et l’islam, le fascisme et le communisme ne sont que des systèmes de pensée ; les chrétiens et les musulmans, les fascistes et les communistes ne sont que des adeptes. Dans le judaïsme, le système de pensée n’est que contingent, c’est la donnée d’ordre racial qui est l’unique élément fédérateur des individus. La question juive peut être vue comme découlant tout entière de cette donnée culturelle qui fonde une forme extrême d’hétérogénéité entre Juifs et non-Juifs engendrant inexorablement du racisme.
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     Tous les historiens de l’antisémitisme ont bien rapporté que le fait pour les Juifs de se marier entre eux était un motif constant d’hostilité à leur égard ; ce grief était déjà celui des Grecs et des Romains, voire plus précocement celui des Perses. Assez rares pourtant sont ceux qui ont amorcé une réflexion à ce sujet et compris la portée majeure de la prohibition institutionnelle de l’exogamie dans l’antisémitisme (12), prohibition qui témoigne toujours d’une catégorie raciale caractérisée et qui constitue la donnée centrale de toutes les lois raciales promulguées au cours de l’histoire contre les Juifs, les non-Juifs ou les Noirs :
. lois bibliques du judaïsme, premières lois de ce type qui nous sont connues,
. lois de la "limpieza de sangre" du christianisme espagnol et portugais qui ont influencé pendant plusieurs siècles nombre de pays d’Europe, ainsi que de grands ordres religieux,
. lois du Sud des États-Unis de 1907 à 1969,
. lois d’Afrique du Sud de 1926 à 1985,
. lois du nazisme de 1933 à 1945,
. lois de l’État juif de Palestine depuis 1948 (13) .
Toutes ces lois sont le signe pathognomonique à la fois du caractère racial d’un groupe très différencié et le marqueur d’un racisme caractérisé (14).
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     Bien que, sous ses formes multiples, l’antisémitisme accompagne le monde juif depuis toujours, l’antisémitisme nazi revêt une importance particulière pour la compréhension du phénomène. Non pas parce que ses manifestations sont extrêmes, non pas parce qu’elles sont inédites, mais parce que, en l’absence de tout antagonisme d’ordre religieux, elles relèvent d’un racisme à l’état pur où le Juif se voit marqué, comme dans le judaïsme, dès sa naissance et pour la vie. C’est ainsi que les enfants seront éliminés à l’instar des adultes.
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     Il est des mots permettant de rencontrer l’abjection absolue. Parmi eux, lus sur un mur par un enfant juif de 10 ans : « Mort aux Juifs Mort aux Juifs Sales Juifs Sales Juifs ! » Et Albert Cohen, commentant son expérience d’enfant, de poursuivre : « Ainsi disait la bonne inscription devant laquelle je savais ma vie perdue [...] Le sale juif avait mal, le sale juif avait la bouche entrouverte de malheur [...] C'était une douleur de sale Juif et même de youpin ou de youtre [...] Antisémites, âmes tendres, je cherche l'amour du prochain, dites, sauriez-vous où est l'amour du prochain ? »(15)
Mais, par-delà l’irresponsabilité, l’imbécillité ou la perversité qui ont pu guider l’auteur des mots en question, comment ne pas voir que l’enfant juif, avant d’être un rejeté et un persécuté, a été un séparé par un système de pensée inexorable !
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     Si le conflit Juifs/non-Juifs n’a pas d’équivalent historique par sa longévité ("la plus longue haine" (16) : plus de deux millénaires) et si personne n’ose émettre l’hypothèse qu’il peut s’évanouir un jour, c’est qu’entre les deux parties l’altérité-opposition est irréductible. Non un différend philosophique ou religieux, non une rivalité d’ordre économique, politique ou autre – il n’y a pas d’exemple où ces types de conflit ne se relativisent avec le temps et disparaissent – cette opposition est typiquement d’ordre racial. Car la "race" est cette réalité incontournable, et la seule, qui donne à toute opposition son caractère pérenne et irrémédiable. Initiée par les mythes bibliques de la Création et de l’Élection récusant l’unité du genre humain et instituant deux espèces d’hommes, les Juifs et les non-Juifs, consacrée par l’interdit du métissage, reprise par une immense littérature à la fois sacrée et profane, il s’agit là d’une donnée historique absolument capitale : la première formulation écrite des principes théoriques de ce qu’on nomme aujourd’hui le racisme ou, en d’autres termes, la naissance de la pensée raciale structurée.
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     Dans le monde occidental, seuls deux système de pensée, le judaïsme et l’aryano-germanisme, ont inventé, façonné et exalté leur propre race : la race juive pour le premier, la race aryenne pour l’autre, conditionnant leurs membres à un racisme spécifique. Le premier, structuré sur des mythes d’ordre religieux où, phénomène unique dans l’histoire, les notions de "race" et de "religion" sont intimement conjuguées et portées par un monument exceptionnel d’écriture, ne peut pas ne pas défier les siècles, le second, d’ordre profane, qui n’a donné lieu qu’à un dérisoire investissement intellectuel, ne pouvait être qu’éphémère.
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     Si les systèmes de pensée qualifiés de "racismes" ont des éléments essentiels en commun, il est évident aussi que chacun de ces racismes présente en même temps quelque spécificité, relative notamment à la population-victime. Dans cette perspective, on peut dire que l’antisémitisme se distingue particulièrement de tous les autres à la fois par son support et son devenir :
Son support ?
Dans le racisme anti-Noirs par exemple – racisme où le groupe racisé est traditionnellement non racisant – la notion de race est présente chez l’acteur mais non chez le groupe-victime (17) . Dans le racisme anti-Juifs au contraire, c’est le groupe-victime lui-même qui, de par sa tradition culturelle, est le vecteur de cette notion contaminante et potentiellement capable de transformer un opposant transitoire en un raciste déterminé.
Son devenir ?
Le caractère racial des Noirs étant d’ordre naturel, le racisme envers eux est automatiquement destiné à se réduire avec le temps, parallèlement aux progrès de la mondialisation. Le caractère racial des Juifs, essentiellement d’origine culturelle et relativement occulte, ne saurait avoir cette évolution favorable.
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     Les démocrates constituent les meilleurs défenseurs des Juifs mais ils peuvent être vus aussi, suivant l’expression de Jean-Paul Sartre, comme de "piètres défenseurs"  (18). Défendre les Juifs quand ils sont victimes reste pour eux un impératif absolu quelles que soient les circonstances, mais parallèlement ils ne peuvent pas occulter le fait que la loi princeps du judaïsme, qui sépare radicalement les humains en deux groupes sur un critère qui n’est pas de l’ordre de la pensée, est une donnée foncièrement perverse. Rejetée d’emblée il y a deux mille ans par le christianisme naissant (19) et plus tard par le marxisme, elle constitue en fait la première loi typiquement raciste de l’histoire.
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     La société allemande des années 1920 et 1930 marquée par le nazisme et l’entité juive marquée par le sionisme ont, au regard de l'histoire, quelques ressemblances remarquables : celle de privilégier l’étude et les sciences diverses, de comporter des élites particulièrement nombreuses, d’apporter à leurs membres d’intenses et exceptionnelles satisfactions de réussite et de se montrer sous des aspects flatteurs (20) ... Mais en même temps, témoignant de la propension des hommes à inventer des systèmes de pensée plus ou moins pervers, chacune de ces entités de culture occidentale, à partir de son imaginaire, a secrété et cultivé une idéologie spécifique, le nazisme pour la première, le sionisme pour la seconde, idéologies si prégnantes qu’elles ont piégé, non seulement des hommes "ordinaires" mais un grand nombre de savants, philosophes, écrivains, moralistes, religieux, artistes… Deux sociétés profondément racisantes en ont résulté. La société nazie a été responsable, au nom du mythe aryen et de son surhomme, d'un génocide sans précédent par sa forme et son ampleur, la société sioniste, au nom de son "homme nouveau" succédant lui-même au surhomme juif, est responsable, au nom des mythes du judaïsme, d'un ethnocide également sans précédent par sa sophistication, sa durée, sa capacité à subjuguer les dirigeants des nations (21) et à faire des Palestiniens, les « victimes de victimes » (22). Comme l’ont pensé divers auteurs (23), seule l’association d’une idéologie d’ordre racial et d’un savoir éminent est capable, en conditionnant progressivement nombre d’individus "normaux", de générer ce type extrême d’entreprises avec ses succès spectaculaires et ses drames achevés.
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     Si la société sioniste permet des comparaisons avec la société nazie elle le permet aussi avec la société modelée par l’autre grande idéologie maligne du XXe siècle : le communisme. Sionisme et communisme sont en effet nés l’un et l’autre d’une idée généreuse et louable a priori : d’un côté, celle de donner aux Juifs persécutés depuis toujours un territoire où ils seraient protégés, de l’autre, celle de supprimer l’exploitation des hommes par d’autres hommes. Mais les promoteurs de ces idéologies méconnaissaient des données qui "ne pardonnent pas". Dans le sionisme : le potentiel raciste du judaïsme qui a divisé le monde en Juifs et en non-Juifs et est passé intégralement dans le sionisme, dans le communisme l’utopie de l’égalité des hommes.
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     Depuis un siècle le judaïsme, avec sa doctrine de Distinction-Séparation essentiellement d’ordre racial, aura
. précipité en masse les Juifs, d’abord dans l’internationalisme avec le mouvement bolchevique (24) , ensuite dans l’hypernationalisme sioniste, seul nationalisme avec celui du nazisme à être racial par nature et incompatible avec la paix. Certains Juifs seront même passés de l’une à l’autre de ces idéologies extrêmes ;
. proposé ou imposé à tous les Juifs du monde, avec la création de l’État juif, une double loyauté (25) , source chez les uns d’un malaise permanent (26) voire d’une "culpabilité diffuse" (27) , chez les autres d’actes réprouvés par la morale commune (28), chez d’autres encore d’un fol et provocateur orgueil (29) ;
. désorienté nombre d’entre eux… Peut-on citer Theodor Herzl qui, pour mettre fin au problème juif, a conçu successivement le projet de demander aux Juifs de se convertir massivement au christianisme (30), celui d’employer la force brutale en provoquant en duel les détracteurs des Juifs (31), enfin celui d’escompter remplacer pacifiquement un peuple en le privant de sa terre ancestrale ? Dans un autre registre non moins significatif d’un malaise aigu, peut-on citer aussi René Schwob converti au christianisme et associant, à propos de sa condition native, la haine et l’amour : « Je n’aime pas les Juifs. Mais comment se fait-il que, lorsqu’un antisémite les attaque, neuf fois sur dix je les défende ? Je ne les aime pas. Et pourtant, comme ils disent, je suis Juif cent pour cent ». Car, ajoute-t-il : « C’est l’amour des êtres humains, en dehors de toute considération de classe, de caste et de race, qui me rendit peu à peu odieuse la race qui avait failli me dévorer . » (32)
     En outre, le judaïsme, parce qu’il met les siens dès la naissance dans une situation particulièrement contraignante, n’est-il pas le seul système de pensée conduisant nombre d’entre eux, en victimes prioritaires de la haine de soi (33), à être des antisémites résolus (35) ou à s’autodétruire ?
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     Traiter de l’antisémitisme sans parler de l’exceptionnelle mystique de la violence portée par les textes sacrés du judaïsme et qui, depuis les tueries perpétrées par Josué, a inspiré les massacres de Mamilla, de la Naqba, de Gaza et d’ailleurs ainsi que le terrorisme d’État multiforme et inédit pratiqué par l’État d’Israël depuis tant de dizaines d’années, est souvent une démarche tout à fait légitime de la part des historiens, des chroniqueurs ou des orateurs mais il faut bien voir que cette attitude relève non moins souvent de la méconnaissance de données historiques incontestées, d’une attitude de peur ou d’une lâcheté caractérisée.
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     Attribuer aux Juifs des qualités et des privilèges spécifiques liés à la naissance comme l’enseignent les textes fondamentaux du judaïsme répercutés par de multiples auteurs, ou attribuer aux Juifs des défauts spécifiques comme le font les antisémites, est le témoin par excellence d’une pensée typiquement d’essence raciste. Judaïsme et antisémitisme ont en commun cet élément fondamentalement vicieux.
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     Il était relativement facile dans les années 1920/1930 de percevoir la malignité de l’idéologie nazie : beaucoup d’Allemands en ont été conscients même si seul un petit nombre d’entre eux est passé à l’opposition, tant le risque pour leur liberté et leur vie était considérable. Il est plus difficile de reconnaître que le judaïsme en tant que système de pensée porte lui aussi des éléments pervers et plus précisément un potentiel raciste caractérisé. Cette méconnaissance relève de causes diverses… Citons-en quelques unes :
. le fait que le judaïsme est d’abord vu généralement comme un système de pensée religieuse, de par les éléments mythiques ancestraux sur lesquels il repose. Contrairement à ce qui se passe avec une pensée d’ordre politique ou philosophique vis-à-vis de laquelle le principe de la critique, tout au moins dans les sociétés démocratiques, est admis par tous, les non-croyants ont tendance à garder le silence face à des données doctrinales qui ne sont pas discutables et dont la critique peut être interprétée par les croyants comme une manifestation de mépris à leur égard. C’est ainsi que le silence va souvent être de mise entre gens "bien élevés" (on ne va pas se disputer pour çà !) ;
. le vaste monde chrétien n’est pas libre vis-à-vis du judaïsme car sa doctrine en a intégré les éléments essentiels et ne peut se penser sans lui : plusieurs de ses mythes fondateurs sont les mêmes ; ses héros, Jésus, Marie, Joseph et les apôtres sont de vrais Juifs ; sa "Terre sainte" est commune ; la Bible hébraïque est devenue "son" livre dont il a même fait un best-seller… Le christianisme se voulant un judaïsme achevé, critiquer celui-ci serait souvent pour les chrétiens, critiquer leur propre religion au plus intime ;
. les persécutions dont les Juifs ont été victimes tout au long de l’histoire, notamment au XXe siècle, ont éclipsé logiquement dans les esprits les violences du monde juif ayant précédé celles de la conquête sioniste de la Palestine ;
. le judaïsme, enfin, ne saurait être récusé en bloc. Comme les autres systèmes religieux, notamment monothéistes, il transporte à la fois le meilleur et le pire. Prendre conscience de ses éléments pervers et les rejeter, fonder ses valeurs positives non plus sur des données mythiques ancestrales mais sur des données de raison et d’éthique, tel apparaît l’objectif à suivre, l’immense défi lancé à tous, Juifs et non-Juifs.
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     Face à l’interaction pathologique Juifs/non-Juifs et plus précisément face à l’antisémitisme que nous voyons dépendre pour sa part invariante de l’identité spécifique des Juifs, une question essentielle se pose : les institutions juives sont-elles capables de modifier cette empreinte identitaire, comme l’institution chrétienne a su changer certains de ses textes fondamentaux ayant généré les crimes de l’Inquisition, des Croisades, des guerres de religion, du racisme antijuif ?
Force est de constater que la réponse à cette question ne peut être que négative pour deux raisons essentielles. D’une part aucune autorité juive n’est susceptible d’effacer voire de modifier les textes sacrés du judaïsme, d’autre part les éléments identitaires à la base de la condition souvent tragique des Juifs sont d’une nature et d’une valeur tout à fait singulières : ils assurent à la fois l’existence des Juifs en tant que juifs et celle du judaïsme en tant que système de pensée. (36)
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     Lorsque (dans quelques millénaires sans doute !) le Dieu de la Bible aura rejoint définitivement les Dieux de l’Olympe, lorsque les mythes hébreux auront subi leur métamorphose et accédé au domaine de l’art à l’exemple des mythes grecs, lorsqu’il n’y aura plus d’hommes juifs ou non-juifs, les penseurs d’alors ne manqueront pas de faire le bilan de l’apport du judaïsme à la civilisation comme les penseurs d’aujourd’hui l’ont fait, et continuent à le faire, pour le défunt paganisme gréco-romain. Comme toujours il y aura les lumières et les ombres... Parmi les premières on reconnaîtra sans nul doute la promotion de l’étude, du Verbe et de l’esprit critique, cet impératif catégorique. (37) Ces valeurs que le judaïsme aura cultivées plus que la plupart des autres traditions religieuses ou philosophiques constitueront son legs éminemment positif à la civilisation occidentale (38). Parmi les ombres on retiendra l’invention de la pensée raciale et une conception manichéenne du genre humain, dans laquelle il y a les Juifs et les Autres. Structurée dans des mythes religieux destinés à être très longtemps opérationnels, véhiculée par une entreprise exceptionnelle d’écriture et de mémoire, reprise par le christianisme qui a fait sien le mythe de l’Élection dans l’inconscience de son potentiel contaminateur, cette pensée raciale aura été le facteur étiologique d’un double racisme.
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     Au cours de l’histoire, trois catégories d’hommes se sont vu attribuer, au nom d’un élément d’ordre racial et par trois idéologies différentes, une appartenance négative : les non-Blancs, les non-Juifs, les non-Aryens. Suivant une logique élémentaire, des malheurs insignes en ont toujours résulté pour la société la plus faible…
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     Dans le monde occidental toutes les hostilités d’ordre raciste régressent de façon notable à l’exception d’une seule : l’antisémitisme. Ce phénomène a, lui aussi, une logique implacable. La plupart des racismes sont basés sur la notion de race au sens élémentaire du terme : quelque différence évidente de couleur de peau ou de forme corporelle. Sans base scripturaire et culturelle, ce sont des racismes "primaires" et avec la mondialisation et le métissage des populations, l’altérité se relativise et s’estompe heureusement dans les esprits. Il ne peut pas en être de même avec les Juifs dont la culture établit l’hétérogénéité d’ordre culturel sans doute la plus prégnante de l’histoire, hétérogénéité que le phénomène de la mondialisation fait percevoir et juger de plus en plus défavorablement. Et le fait que le caractère racial des Juifs ne soit pas visible d’emblée aggrave encore cette conséquence, comme tout ce qui peut apparaître comme clandestin ou caché.
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     L’auto-perception des Juifs et leur perception par les non-Juifs ont quelque chose en commun : celle d’un groupe qui se veut différent et séparé de tous les autres (39). Fondée sur des données bibliques attribuant aux Juifs des qualités liées à la naissance, consacrée par les données institutionnelles que sont d’abord la transmission de la judéïté par le sang (40) puis l’endogamie et la circoncision, l’altérité Juifs/non-Juifs est à voir à la fois comme le support de tout antisémitisme et la condition même de la survie du judaïsme.
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     De l’antisémitisme potentiel ou latent des non-Juifs à l’antisémitisme en acte exterminateur des nazis, en passant par l’antisémitisme violemment verbal de Céline (41), l’antisémitisme peut se manifester de mille et une manières. Si l’auto-racialisation des Juifs directement liée à la culture juive représente l’élément commun à toutes les formes de ce racisme antijuif et sa cause première, c’est le terrain de réception toujours particulier qui fait, comme dans toute maladie infectieuse, la multiplicité des réponses.
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     Sartre a écrit à l’adresse des non-Juifs : « L’antisémitisme n’est pas un problème juif : c’est notre problème ». Non ! Dépendant quelle que soit sa forme d’une donnée immuable du judaïsme que transportent les Juifs indépendamment de leur volonté, l’antisémitisme regarde tous les héritiers directs ou indirects du judaïsme. Et contrairement à l’opinion encore courante (42), le phénomène antisémite est parfaitement rationnel et compréhensible pour qui porte un regard libre sur la culture issue du judaïsme. Comme ont pu l’affirmer, ou le suggérer, divers auteurs cités précédemment, l’ennemi avant d’être à l’extérieur réside bien à l’intérieur.
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     Le rejet, l’invalidation ou le remplacement du mot de "race" par quelque succédané, comme pourraient l’être ceux de "nationalité", d’alcool", de "drogue", de "tabac", de "virus"… dans une perspective de prévention des fléaux causés par ces différents facteurs, est non seulement futile mais potentiellement grave par inconscience. La race, ce substratum incontournable du racisme n’est ni une fiction, ni un mythe… Comprendre le racisme antijuif pour agir contre, c’est regarder en face ce que représente la différence Juifs/non-Juifs et plus précisément l’identité que la culture juive a inventée pour les siens et que perçoivent les non-Juifs.
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     La quasi totalité des historiens de l’antisémitisme ont considéré que l’antagonisme religieux, l’antijudaïsme – notamment celui du monde chrétien particulièrement impliqué – , représentait un élément constitutif majeur du phénomène antisémite. C’est une erreur ! Certes, cette opposition doctrinale au judaïsme est un élément capital du dossier de l’antisémitisme chrétien : comme l’écrivait Léon Bloy à la fin du XIXe siècle il est bien juste que « la Race anathème fut un objet d'horreur pour les chrétiens » (43) mais cet antijudaïsme qui vise une doctrine n’est nullement de l’antisémitisme qui cible des personnes.Il y a dans l’attitude des historiens une faille que Hannah Arendt, seule semble-t-il parmi les auteurs juifs, a bien entrevue sans toutefois l’expliciter : « On peut se demander, écrit-elle, à quel point l'antisémitisme tire son argumentation et son aspect passionnel de la haine religieuse du juif  » (44).
Si la haine religieuse, par le fanatisme qu’elle comporte, peut entraîner des guerres à la fois cruelles et prolongées, les guerres de religion sont fondamentalement différentes des guerres raciales lesquelles demandent la présence d’un élément spécifique de différenciation, élément que le judaïsme, seul parmi les systèmes de pensée à base religieuse, porte avec lui depuis ses origines. C’est la doctrine religieuse, doctrine chrétienne en particulier, qui mène à l’antijudaïsme mais c’est la doctrine du judaïsme qui mène au racisme réciproque des Juifs et des non-Juifs. Antijudaïsme et antisémitisme sont deux phénomènes qui se sont souvent succédés et associés au cours des temps mais néanmoins fondamentalement distincts.
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     Comme l’ont pressenti, évoqué, suspecté, ou pensé à un moment de leur vie les divers auteurs juifs éminents dont nous avons parlé (notamment Moïse Hess, Bernard Lazare, Gershom Scholem, Léon Poliakov … ), c’est bien dans le judaïsme qu’il faut chercher la cause structurelle de ce phénomène intemporel qu’est l’antisémitisme. Avec les plus hardis d’entre eux (Avraham B.Yehoshua, Elie Botbol (45)...) on peut même dire que cette cause réside dans l’identité que le judaïsme a inventée pour les siens et dans la vision qu’en ont les non-Juifs. Mais il convient néanmoins de prolonger la réflexion de ces auteurs, quelque peu entravés dans leur démarche parce que "juges et parties", en constatant que l’altérité Juifs/non-Juifs n’est pas de l’ordre de la pensée philosophique ou religieuse mais d’ordre spécifiquement racial. Portée par la Bible vue comme ultima ratio, consacrée sur le terrain par les deux données communes à toutes les doctrines raciales que sont la transmission héréditaire de l’identité et le rejet de l’exogamie, il faut bien voir qu’elle est génératrice d’un de ces conflits qui ne s’éteignent qu’avec la disparition du système de pensée dont ils émanent et que l’antisémitisme est un de ceux-là !
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     L’identité spécifique que le judaïsme imprime aux Juifs, et d’où découle l’altérité Juifs/non-Juifs, n’est ni modifiable, ni remédiable par les institutions juives mais chaque Juif dans sa singularité est capable – en retenant du judaïsme la valeur éminente qu’il a cultivée électivement : la prééminence de l’étude – de se libérer par lui-même de sa judéité et de déracialiser sa descendance comme l’ont fait avec succès et bonheur tant d’hommes nés juifs, d’hier et d’aujourd’hui.
C’est dire qu’un grand défi est lancé à chaque Juif mais aussi à chaque non-Juif : prendre conscience du caractère hautement pathogène de cette donnée culturelle spécifique du judaïsme dont ils sont tributaires et contribuer à son évanescence (46). Et tandis que les deux grandes idéologies malignes du siècle en cours, le sionisme engendré par le judaïsme et l’islamisme puissamment exacerbé par le sionisme, s’affrontent dans un combat sans merci, savoir que le temps presse.


Pour comprendre l’antisémitisme il suffit de savoir en définitive que la vision qu’ont les Juifs des non-Juifs et la vision qu’ont les non-Juifs des Juifs est la même depuis toujours : celle d’une "différence" irréversible car d’ordre racial, différence qui constitue le substratum même, objectif et invariable, du double racisme inhérent au judaïsme et particulièrement de l’antisémitisme.

Notes
(1) C’est le psalmiste qui déjà pouvait écrire : « Tu nous livres comme des troupeaux dont on se nourrit, tu nous éparpilles parmi les nations, tu vends ton peuple à vil prix, tu fais de nous un objet d’opprobre et de moquerie pour nos voisins… Pour toi nous subissons chaque jour la mort » (Ps, 44, 10).
(2) À noter que ce phénomène apparemment paradoxal selon lequel le religieux qui régresse dans les esprits influe de plus en plus sur le politique s’observe aussi ailleurs, comme si les hommes d’aujourd’hui, victimes plus que leurs ancêtres du tourbillon de la vie en société, voulaient se raccrocher à quelque chose de stable. En France cette démarche fut particulièrement illustrée par Charles Maurras qui, en tant qu’athée, détestait profondément le christianisme mais s’alliait néanmoins à l’Église romaine comme rempart à la démocratie qu’il récusait.
(3) tel Rudolph Loewenstein dans son ouvrage Psychanalyse de l’antisémitisme.
(4) On l’a recherchée pour une foule de personnages. Citons notamment Montaigne, Cervantès, Thérèse d’Avila…
(5) tels Edmund Husserl, Heinrich Heine, Adolf Reinach, Max Scheler, Edith Stein, Raïssa Maritain, Fritz Haber, Gustav Mahler, Felix Mendelssohn…
(6) telle Simone Weil.
(7) tel J. M. Lustiger, archevêque de Paris qui, dans une interview à Paris Match, en 2005 peut dire : « Je suis juif parce que mes parents et tous mes ancêtres étaient juifs ».
(8) tel Claude Lévi-Strauss que nous avons cité précédemment ou bien Ferdinand Lassalle écrivant : « Je hais les Juifs et je hais les journalistes. Malheureusement, je suis l’un et l’autre » (cité par E. Roudinesco, Op. cit., p. 44).
(9) tel Meïr Weintrater, directeur de la revue L'Arche, le "mensuel du judaïsme français", qui en 2005 « estime que la proportion d'actes racistes frappant les seuls juifs a varié suivant les années selon une proportion allant de 65 % à 80 % du total » (donnée rapportée par Daniel Dreyfus dans son ouvrage L’antisémitisme à gauche, p. 262).
(10) tel Charlie Chaplin qui, après que des journalistes aient suggéré qu’il était juif, répondait en mars 1940 : « Je ne suis pas juif. Je n'ai pas une goutte de sang juif. Je n'ai jamais protesté lorsqu'on disait que j'étais juif car j'aurais été fier de l'être » (Christian Delage, Antisémythes, Nouveau Monde Éditions, p. 247).
(11) Pour Hitler en particulier le virus à combattre et à éliminer était représenté par les Juifs eux-mêmes en tant que personnes.
(12) Parmi ces auteurs particulièrement lucides évoquons Karl Kraus. Constatant que « l'assimilation psychologique et sociale pratiquée pourtant avec beaucoup d'ardeur par une partie des juifs n’est pas suffisante pour arrêter l’antisémitisme s’il n’y a pas mélange physiologique de sang », il va promouvoir les mariages mixtes et s’opposer de toutes ses forces au sionisme naissant de Herzl qui s’oppose à l’assimilation des Juifs, seule solution pour que s’évanouisse l’antisémitisme (Karl Kraus ou l’identité juive déchirée, pp. 105 et 109 et Sionisme et antisémitisme : le piège des mots, de J. Le Rider).
(13) Dès 1947 il fut décidé que les Juifs ne pourraient pas épouser de non-Juifs et qu’il n’y aurait donc pas de mariage civil en Israël. Par la suite, cette promesse politique fut légitimée par la loi concernant les tribunaux rabbiniques stipulant que le régime matrimonial des Juifs en Israël relevait exclusivement de la loi biblique. Dans la circonstance, les Juifs les plus opposés entre eux sur le plan de la pensée et des sentiments, socialistes athées d’un côté et rabbins fanatiques de l’autre, s’unissent pour prohiber les mariages mixtes, prohibition qui est nécessaire à la survie même du judaïsme et de la judaïcité. L’État juif, en véritable laboratoire expérimental du racisme contenu dans le judaïsme, atteste ainsi que l’élément unificateur et fédérateur des Juifs est bien l’élément racial.
(14) Les historiens ont bien entendu comparé ces lois entre elles et recherché l’influence contaminante qu’elles ont pu avoir sur celles qui leur furent postérieures. Il est clair notamment que les lois bibliques ont directement influencé depuis deux mille ans les chrétiens de toutes catégories et parmi eux les nazis.
(15) Ô vous frères humains, Gallimard, 1972, coll."Folio", p. 172-175.
(16) Selon le titre même de l’ouvrage de Robert Wistrich, The Longest Hatred.
(17) Alors que l’on constate généralement que là où il y a "race" il y a "contre-race", racisme et contre-racisme, on peut considérer que la race noire, par exemple, ne s’est pas établie, tout au moins pendant longtemps, comme opposée racialement à la race blanche et n’a donc pas développé de racisme à l’égard de ses persécuteurs blancs. L’institution récente du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) et du CRAB (Conseil Représentatif des Associations Blanches), à l’exemple du CRIF (pour les Juifs), peuvent être vues par contre comme des manifestations tout à fait régressives.
(18) dans Réflexions sur la question juive, p. 65.
(19) Notamment par la voix de saint Paul qui consacre la rupture définitive du christianisme avec le judaïsme. Plus tard, Spinoza notamment reprendra en homme libre cette même critique de la Loi juive ce qui lui vaudra d’être exclu de la communauté des Juifs.
(20) Combien de Français ont été subjugués en 1940 par l’aspect de l’armée allemande et combien de touristes le sont aussi aujourd’hui face aux réalisations israéliennes !
(21) Portée par un Verbe, une dialectique et un cynisme remarquables ("peu importe ce que disent les Gentils, l'important c'est ce que font les Juifs" suivant la phrase de Ben Gourion inculquée dès l’école à tous les enfants), maniant avec dextérité les trois armes absolues que sont la Bible, la Bombe et la Shoah, bénéficiant des connivences, des ignorances et des lâchetés du monde occidental, très lointaine par la géographie et par la culture du monde extrême-oriental, n’ayant contre elle qu’un monde islamique voué à l’impuissance et une faible minorité de Juifs, l’idéologie sioniste bénéficie pour sa survivance et son développement de conditions particulièrement exceptionnelles.
(22) Expression de Edward Saïd remarquant, après nombre d’auteurs, que ce sont les enfants et les petits-enfants des persécutés du nazisme qui, à leur tour, sont devenus des persécuteurs (E. Roudinesco, Retour sur la question juive, p. 314).
(23) Notamment, ceux que nous avons cités précédemment : Ernest Renan, James Darmesteter, Friedrich Nietzsche, Ernst Ludwig Pinner, (ce dernier s’exprimant précisément à propos d’Israël).
(24) Citons particulièrement Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Sverdlov, Radek, Martov… tous ayant puissamment contribué au triomphe de la Révolution d'Octobre. Certains furent même des tchekistes et des épurateurs.
(25) Lors de la guerre de 1967, par exemple, les officiels israéliens et le mouvement sioniste ont demandé aux Juifs de France de s'opposer de toutes leurs forces à la politique du gouvernement français.
(26) Tel chez George Steiner, écrivain juif et antisioniste résolu, qui écrit : « En Israël il faut être un camp armé, armé jusqu’aux dents. Il faut avoir des gens en prison dans des circonstances souvent terribles. Ça me semble un prix, que moi, je ne peux pas payer » (Barbarie de l’ignorance, p. 28).
(27) Alain Finkielkraut dans Le Juif imaginaire, p. 159.
(28) Tel celui d’aller se joindre aux militaires israéliens pour "nettoyer" les Arabes ainsi que le révèlent divers témoignages.
(29) Comme en témoigne par exemple cet article : http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=16403&noCat=145&id_key=145&critere=boycott&rub=7
(30) Cette conversion devait concerner notamment les deux cents grandes familles juives de Vienne et se faire « à l’Église St Étienne en processions solennelles sous le bourdonnement des cloches, en plein jour, le dimanche à midi. Non plus honteusement, comme l'avaient fait jusqu'à présent des individus isolés mais avec des attitudes fières ». (A. Boyer, Theodor Herzl, Albin Michel). Avant Herzl, la proposition de se faire baptiser, faite aux Juifs berlinois par David Friedlander (1750-1834), un des Anciens du Consistoire israélite, avait obtenu un franc succès : un dixième d’entre eux y souscrivirent.
(31) « Une bonne demi-douzaine de duels, écrivait-il, élèveront considérablement la position sociale des Juifs » (citation rapportée Jean-Jacques Lafaye dans son ouvrage Stefan Zweig, p. 24.
(32) dans Être chrétien in Les Juifs, p. 317.
(33) Suivant l’expression de Theodor Lessing dans son ouvrage paru en 1930 Der jüdische Selbsthass ("la Haine de soi juive") et largement reprise par les auteurs juifs. Pour l’auteur ce serait même un trait de caractère typiquement juif : « il n’existe pas, écrit-il, un seul homme de sang juif où l’on ne décèlerait pas au moins les débuts d’une haine juive de soi.» (La haine de soi, le refus d’être juif, p. 41).
(34) Otto Weininger aurait même constaté que « les antisémites les plus virulents se trouvent parmi les Juifs » (citation rapportée par Léon Poliakov, Le mythe aryen, p. 432).
(35) Remarquons que Avraham B.Yehoshua, pour qui le phénomène antisémite résulte essentiellement du caractère virtuel de l’identité des Juifs, s’est posé une question semblable : « Peut-on réparer cette structure spécifique de l'identité juive afin de la rendre plus claire, d'une part, et de réduire, d'autre part, sa dimension virtuelle ? » car ajoute-t-il « si nous parvenons à une compréhension de cet ordre de deux choses l'une : ou bien nous en sortirons affaiblis si l'on tire la conclusion qu'il y va de la structure profonde de notre identité et qu'il n'y a rien à faire. Ou bien nous en conclurons qu'il y a des choses que nous pouvons et que nous devons changer. » (Israël, un examen moral, p. 53 et 29). Mais, l’auteur n’a pas vu qu’il n’y aurait pas d’antisémitisme, mais une banale hostilité d’ordre religieux ou philosophique destinée à s’évanouir avec le temps, si l’élément identitaire commun des Juifs n’était pas d’ordre racial.
(36) « Prends-toi un maître et acquiers un camarade d’étude » écrit un sage de la Michna, recommandation très voisine de celle de Socrate dans le Phédon pour qui « le dialogue avec un bon maître permet au commun des mortels d’"accoucher" de la vérité qui est en lui. »
(37) L’autre valeur positive que l’on est tenté en Occident d’attribuer au judaïsme est le commandement : « Tu ne tueras pas ». Mais l’histoire et nombre de textes émanant d’auteurs juifs, notamment de rabbins d’hier et d’aujourd’hui, semblent montrer que ce commandement fut essentiellement destiné aux Hébreux vis-à-vis des Hébreux. En tout cas, après avoir été pensé aussi par quelques philosophes grecs, c’est avec le christianisme qu’il aura acquis véritablement sa valeur universelle.
(38) Comme l’écrit Abraham B. Yehoshua : « Il n'y a rien qui offense plus le Juif que de lui dire que le peuple juif est semblable aux autres » (Pour une normalité juive, p. 56).
(39) Notons que cette disposition du jus sanguinis dans le judaïsme, qui n’est pas une simple convention administrative et contingente comme elle peut l’être pour déterminer la nationalité dans divers pays, revêt ici un caractère spécifique. Se voulant indélébile, intimement lié à une mystique du pur et de l’impur, ce caractère, ne manquera pas dans l’avenir, lorsque le "religieux" aura davantage perdu de sa prégnance, d’être considéré comme attentatoire à la personne.
40) Il peut écrire dans Bagatelles pour un massacre (Denoël 1937, p. 72-73) : « C'est contre le racisme juif que je me révolte, que je suis méchant, que je me brouille, çà jusqu'au tréfonds de mon benouze [...] La race élue dans nos régions n'a pas encore fait procéder aux exécutions massives, seulement à quelques petits meurtres sporadiques. Mais cela ne saurait tarder. En attendant le grand spectacle, on travaille doucement la bête... ou bien par saccades, par sautes, selon paniques bien préparées... Un jour on le serre au garrot, le lendemain on lui larde les jointures, il faut que l'animal s'affole, s'épuise et cafouille dans l'arène... dégueule, crache peu à peu tout son sang... dans la sciure et dans la Bourse... Les Juifs se pourlèchent, se régalent. Quand l'animal sera sur les genoux alors viendra la mise à mort, et sans résistance possible.»
(41) Un récent ouvrage de D. Sibony est toujours intitulé : L’énigme antisémite. Seuil 2004.
(42) Le Salut par les Juifs, t. IX, p. 48.
(43) dans la préface à son ouvrage Sur l'antisémitisme.
(44) qui écrit que « la Shoah doit ramener les Juifs à reconsidérer leur identité » (Op. cit., p. 65).
(45) Si on devait parler ici de responsabilités, celles des Juifs dans le sort qui a été le leur pendant longtemps ou celles des non-Juifs dans leurs fautes à l’égard des Juifs, c’est ici, dans ce défaut d’analyse, qu’elles se situent d’abord. On peut remarquer que certains auteurs juifs (tel Yosef Yerushalmi dans son ouvrage Le Moïse de Freud, Gallimard, 1993, p. 76), prenant conscience que nombre de Juifs professent une identité d’ordre racial et suspectant que cette identité est à la base du phénomène antisémite, voudraient qu’il y ait une version moderne de l’identité juive selon laquelle celle-ci serait le résultat d’un libre choix des individus… Mais il est clair que ces auteurs n’ont pas encore compris que toute autre forme d’identité pour les Juifs signifie l’extinction du judaïsme.