Avant-propos
Le XXe siècle qui vient de s’achever a été riche d’enseignement sur les vertus, mais aussi sur les capacités de nuisance, de la race humaine. S’il a vu dans de nombreux pays l’avènement de la démocratie et la promotion des droits civiques, il n’en a pas moins légué aux générations futures les séquelles de tragédies qui s’inscriront longtemps dans les livres d’histoire. Il serait vain de tenter de les énumérer. Deux d’entre elles, par leur ampleur même, s’imposent à la mémoire collective. Souvenons nous qu’un grand peuple européen, pourtant éminent dans de nombreux domaines, s'est laissé séduire par l'idéologie nazie avec les conséquences monstrueuses que l’on connaît. Souvenons nous aussi qu’ailleurs, notamment en France, une partie non négligeable de l'élite intellectuelle a adhéré pendant plusieurs décennies à l'idéologie communiste responsable de dizaines de millions de morts
Comme en témoignent ces erreurs que nombre de gens instruits et sincères ont partagées, le Comme en témoignent ces erreurs que nombre de gens instruits et sincères ont partagées, le juste interprétation des événements, lorsqu’ils se déroulent sur de nombreuses années et nous sont rapportés quotidiennement, est toujours difficile. De plus, contrairement à une opinion courante mais fausse, l'Histoire est la science des événements qui ne se répètent pas. La prochaine guerre ne sera pas semblable à la précédente, les grandes idéologies du passé ne reviendront pas sous la même forme, les hommes sont confrontés à des situations toujours nouvelles dont la nocivité n'émerge souvent dans les consciences que devant des malheurs caractérisés. Des situations imprévues, non imaginées qui surprennent et qui piègent…
Notre époque n'échappe pas à cette règle... Aujourd’hui, on peut affirmer qu’une idéologie dénoncée pendant longtemps par une partie notable et éminente de la communauté juive d’où elle a émergé portait en elle tous les germes d'une future tragédie. L'idéologie sioniste, à la fois doctrine théorique et base d’un système politique redoutable, est largement méconnue. Basée sur le mythe de la Terre promise à un Peuple élu par Yahvé, le dieu de la mythologie hébraïque, elle s'est développée depuis la fin du XIXe siècle et a obtenu en 1947 des Nations Unies un État : Israël. Génératrice d’un état de guerre permanent et d’une colonisation impitoyable à laquelle répond un terrorisme dont l'horreur tend à voiler dans les esprits les vraies origines, cette idéologie, si elle n'est combattue vigoureusement, ne peut pas ne pas aboutir à un désastre à la fois pour le peuple juif qui l'a nourrie en son sein et pour bien d’autres populations. Car, comme le furent en leur temps au nom de la Vérité, les Croisades, l’Inquisition ou les guerres de religions pour le christianisme, comme l'est le fondamentalisme musulman pour l'islam depuis quelques dizaines d'années, le sionisme - au nom d’une donnée qui n’est plus la Vérité mais la « Race » - est un fruit amer du judaïsme.
Face à la situation chaotique qui a malencontreusement découlé de la décision des Nations Unies, face à un affrontement dont nul ne voit l’issue et dont la fin peut s’avérer dramatique, que peut-on faire et espérer ? Mon but, en tout cas, est de porter un regard sur l'idéologie sioniste au vu de ses manifestations sur le terrain, mais aussi de ses sources judaïques généralement ignorées par les auteurs et commentateurs et sans lesquelles tout discours est profondément déficient. Ceci sans méconnaître ce que le judaïsme a apporté à la civilisation, sans méconnaître non plus que la création de l'État d'Israël, pour avoir été historiquement une erreur, a aussi, en succédant à un génocide caractérisé, obéi à des motifs humanitaires..
De par sa perspective précise et limitée, un tel texte peut apparaître à certains comme systématiquement favorable à ceux, Arabes notamment, qui luttent contre l'entreprise en question. Cette interprétation n'est pas juste. Apporter spontanément sa sympathie à un peuple opprimé, totalement isolé et dépourvu de soutien sur la scène internationale, n'est nullement approbation de ses actions, négation de ses faiblesses, méconnaissance des pesanteurs inhérentes à l'Islam qui l'inspire. Il s’agit simplement, pour une œuvre qui n’est point de compassion mais de justice, de comprendre une idéologie qui, par delà ses hérauts, conduit une machine redoutable.
Compte tenu de la tactique d'intimidation, voire du terrorisme intellectuel qui sévit volontiers dans notre pays avec le fréquent amalgame antisionisme-antisémitisme, compte tenu de l’idéologie d’intouchabilité développée par nombre de responsables juifs, je sais que mes propos - soulignés par des gardiens vigilants, prompts à manier cette injure à la mode - me feront soupçonner de racisme antijuif. Chaque critique de la politique israélienne ou toute opinion non défavorable aux Palestiniens ne sont-elles pas accusées de traduire de l’antisémitisme chez les journalistes, écrivains ou hommes politiques qui se permettent une telle liberté ? Dans l'esprit de certains, le simple emploi du mot « juif » n'est-il pas déjà suspect par lui-même lorsqu'il fait abstraction de l'histoire concentrationnaire récente, voire s'il est seulement prononcé par un non-Juif ? Et, n'y a-t-il pas pour les accusateurs des « Juifs antisémites » ou des « Juifs atteints de la haine de soi » comme l'indiquent victimes de groupes de pression, E. Benbassa1, J. C. Attias et M. Rodinson ? D'aucuns vont m'accuser aussi d'antijudaïsme au prétexte que je dénonce des éléments pervers présents dans cette culture. Mais le judaïsme serait-il donc la seule entreprise humaine à ne pas véhiculer de tels éléments ? Depuis un certain nombre d'années, les chrétiens en viennent à reconnaître et à regretter profondément certains écrits et pratiques criminogènes du christianisme . Les Juifs ne seraient-ils pas capables de faire de même avec le judaïsme, la Bible et le Talmud ?
Les pages qui suivent se proposent de réunir les données essentielles d’ordre historique qu’il convient d’avoir à l’esprit. Elles cherchent aussi à analyser les éléments constitutifs de l’idéologie sioniste et à mettre à jour les véritables causes du drame quotidien qui se joue en Palestine. Elles se veulent enfin un réquisitoire face au crime d’indifférence des hommes politiques .
Parmi toutes les causes qui méritent d’être soutenues et sur lesquelles les Occidentaux directement responsables peuvent parfaitement agir, la dénonciation de l’idéologie sioniste m'apparaît en effet comme une des premières. Grâce à l'apport des historiens et journalistes courageux, juifs en majorité honnis dans leur communauté, grâce aussi au recul du temps qui permet une perspective valable, cette tâche est aujourd’hui facilitée.